Biographie

Formée à l’Académie des Arts de Budapest, Marta Pan s’installe à Paris en 1947. Elle a 24 ans. Elle est alors inspirée par les végétaux (oignons, coques, racines) dont elle dessine les articulations selon des plans de plus en plus rapprochés, avec une très grande sensualité. Elle transpose ces figures, portées aux limites de l’abstraction, dans la terre chamotée et, pour certaines d’entre elles, dans la céramique.

 

L’évolution vers l’abstraction

En 1954, Marta Pan s’essaye à la sculpture sur bois dans les ateliers de Charles Barberis, le menuisier établi en Corse qui réalise notamment les menuiseries des pans de verre des Unités d’Habitation qu’André Wogenscky édifie avec Le Corbusier.

Avec une étonnante maîtrise, Marta Pan aborde alors simultanément trois types de formes abstraites. Certaines, d’apparence simple, frappent par le dynamisme qui se dégage d’elles. Tel est le cas de « L’Ébène » disposée au-dessus du bassin intérieur de la maison de Saint-Rémy-lès-Chevreuse. D’autres sont articulées, à l’image du « Teck », sculpture de grande dimension dont les deux éléments se déploient autour d’une charnière. Maurice Béjart fait de cette œuvre l’élément central du ballet qu’il crée en 1959 sur le toit de l’Unité d’Habitation de Marseille lors du premier Festival de l’Art d’Avant-Garde. D’autres enfin, telles « Balance en deux » ou « Obéro » conservent les signes de l’attrait initial de Marta Pan pour les formes végétales : elles sont marquées par un point d’équilibre invisible, sur lequel pivotent deux éléments de forme et de masse différentes. Leur nouveauté attire l’attention du conservateur du musée Kroller-Muller qui commande à Marta Pan sa première sculpture flottante, « Otterlo », dont la réalisation mobilise une trentaine de personnes, ingénieurs, industriels et ouvriers…

 

La série des plexiglas

Cette double composante onirique et mathématique marque également la série des puzzles, exécutés en bois, puis la série des plexiglas où, au sein de formes rondes, cylindriques ou lenticulaires, s’installent subrepticement d’imperceptibles micros univers, s’apparentant parfois aux formes d’animaux aquatiques. Le critique d’art Michel Ragon consacrera un livre à cette fascinante série d’une centaine d’œuvres.

 

L’intégration à l’architecture

Marta Pan modifie alors sa pratique, prenant ses distances avec la taille directe : elle imagine, dessine, transpose sa création sous forme de plans précis et fait réaliser ses œuvres en usine, avec la plus extrême précision et selon un haut degré d’exigence. Elle prolonge ainsi le processus de réalisation pluriel de « Otterlo ».

Très rapidement, sa relation à l’architecture la conduit à aborder des œuvres de grandes dimensions : si le vestiaire de la cantine de Marçon est constellé de micros sculptures en bois, le mur cloison de la salle à manger de la maison Balbenoit à Arras qualifie l’espace. Le souhait d’André Wogenscky de créer une tension particulière en certains points de l’espace conduit Marta Pan à créer d’amples sculptures. Certaines sont en bois et peintes en rouge légèrement orangé comme celle disposée dans le hall du Centre hospitalier universitaire de l’hôpital Saint-Antoine à Paris. D’autres sont en béton, matériau qui lui permet d’intervenir de plusieurs façons : elle révèle le sens profond de l’architecture. Ainsi à Beyrouth, elle referme la Place d’Armes du ministère de la Défense du Liban de toute la puissance d’un mur lacéré et légèrement fendu. Sur les parvis du Centre hospitalier universitaire de l’hôpital Necker à Paris et de la Maison de la Culture de Grenoble, elle dispose des éléments sculptés offerts aux corps des passants. Elle intensifie le parcours au sein de ce même CHU Necker en créant dans le hall un événement spatial : ses sculptures semblent avoir roulé sur le sol après s’être détachées du mur qui en conserve l’empreinte.

Ses interventions dans les édifices publics au titre de la commande dite du « 1% artistique » suivent également les chantiers de l’architecte Jean Dubuisson. À Paris, il lui confie la création d’une sculpture suspendue pour le hall d’un immeuble à Montparnasse puis une cinquantaine de poignées de porte pour le musée des Arts et Traditions populaires érigé au Bois de Boulogne. Ils travaillent ensemble au collège d’enseignement technique de Commercy puis à la Cité scolaire de Revin et enfin au lycée Madame de Staël de Montluçon où Marta Pan conçoit un grand labyrinthe blanc.

 

L’approche de l’espace urbain

Répondant au désir sociétal d’éducation culturelle de la population et à l’affirmation de l’image de marque de certaines entreprises, cet accroissement de la présence d’œuvres dans l’espace public permet aux œuvres de Marta Pan de prendre place devant des immeubles (la Maison de la Culture de Grenoble, l’Hôtel de ville de Tokyo, le Centre culturel de Yokohama, des bureaux à Kobé…), de caractériser l’artère principale d’une ville de la Reconstruction (la rue de Siam à Brest) ou de participer au plaisir de partager l’espace d’une place (à Paris, à Riyadh, à Tokyo…). Marta Pan participe également à l’action engagée par Monique Faux, Conseiller artistique au ministère de la Culture et au Secrétariat des Villes nouvelles de la Région parisienne, en faveur de la création d’espaces urbains générés par un travail commun des aménageurs, des urbanistes, des architectes et des artistes. En 1986, elle devient artiste conseil de Saint-Quentin-en-Yvelines où elle réalise une œuvre monumentale et coordonne l’intervention d’une équipe d’artistes.

 

Les sculptures flottantes et les parcs

Sa capacité à disposer ses sculptures pour concentrer l’espace s’exprime de façon encore plus puissante dans les parcs (Bobigny, Kerguehennec, Otterlo, Duisburg, Dallas, Hakanone…) où ses sculptures flottantes au pouvoir de fascination permanent matérialisent l’alliance toujours renouvelée des courants qui animent respectivement, mais diversement, l’air et l’eau.

Maintes fois exposé dans les plus grands musées, l’ensemble de son œuvre et sa présence au Japon sont couronnés par le prestigieux prix Premium Imperial. Elle décède en 2008, après avoir conçu de multiples maquettes de la série des « Portes ».

Marta Pan en 1949 avec «Échalottes 2» / Sculpture en plâtre / Collection Fondation Marta Pan - André Wogenscky
Marta Pan en 1958, achevant «Équilibre pour un ballet» / Balsa recouvert de polyester / 67 x 226 x 113 cm / Collection Fondation Marta Pan - André Wogenscky
Marta Pan en 1966 au salon des Jeunes Galeries à Lausanne lors de l’installation temporaire d’une sculpture flottante / Collection Fondation Marta Pan - André Wogenscky / Photo : Marcel Ismand
Marta Pan en 1969 devant la «Sculpture 110» provisoirement installée dans le jardin de la villa de Saint- Rémy-lès-Chevreuse, actuelle collection Ville de Paris
Marta Pan en 1993 devant Duna, sculpture en granit installée dans la jardin du musée des Beaux-Arts de Grenoble / Collection Fondation Marta Pan - André Wogenscky, actuelle collection ville de Grenoble